La maladie
Un arbovirus à l'épidémiologie évolutive et peu prévisible
Le Virus du Nil Occidental (en anglais : West Nile Virus) est un arbovirus du genre Orthoflavivirus (famille des flaviviridae). Il a été isolé pour la première fois en 1937 dans le district de West Nile en Ouganda, d’où son nom. Il a historiquement été responsable d’épidémies en Afrique, au Moyen-Orient, en Asie occidentale et en Europe. Il est apparu en Amérique du Nord pour la première fois en 1999 et il a diffusé en quelques années à tout le territoire. Il existe plusieurs lignées de ce virus, c’est-à-dire des variantes génétiques du même virus.
L’épidémiologie du virus West Nile, influencée par de nombreux facteurs notamment environnementaux, est évolutive et difficilement prévisible. En France hexagonale, la première mise en évidence de la présence du virus date du début des années 1960, avec de nombreux cas humains et équins déjà observés en Camargue en 1962. Il circule depuis régulièrement, notamment autour du bassin méditerranéen.
Au cours des dernières années, l’épidémiologie du virus West Nile en France hexagonale a connu une évolution notable et ce, plus généralement en Europe. En France hexagonale, cette évolution est surtout observée à partir des années 2020. A partir de 2023, une augmentation des cas humains a été observée, avec une extension géographique vers des départements précédemment épargnés, en dehors du pourtour méditerranéen.
En Europe le virus a initialement été introduit par des oiseaux migrateurs venus d’Afrique. Il est actuellement installé dans plusieurs zones d’Europe. Le suivi de la maladie met en évidence deux constats principaux :
- Une expansion géographique : les phénomènes d’introduction par les oiseaux migrateurs s’ajoutent au fait que le virus est déjà bien implanté localement. Il gagne ainsi régulièrement du terrain vers l'ouest et le nord du continent européen. En France, des régions où la circulation du virus n’avait jamais été documentée avant 2022 sont désormais concernées, comme la façade Atlantique (2023), l'Île-de-France (2025) ou encore les Pays de la Loire (2026) ; le virus s'installe également dans des pays autrefois épargnés comme l’Allemagne, les Pays-Bas ou la Belgique.
- Une évolution liée à la combinaison de différents facteurs aux interactions complexes : pour expliquer cette progression, le changement climatique et la multiplication d'événements météorologique extrêmes sont fortement suspectés par les scientifiques, bien que ceci reste une hypothèse de travail. La réalité repose très certainement sur une combinaison complexe de facteurs, mêlant les modifications des écosystèmes locaux, l'urbanisation et la cohabitation entre les oiseaux, les moustiques et les humains. Au-delà de ces causes environnementales, le virus lui-même a évolué : alors que l'Europe faisait historiquement face à la « lignée 1 » du virus, l'introduction et la propagation d'une nouvelle souche, appelée lignée 2, ont profondément modifié la situation épidémiologique. Cette version du virus s'est révélée particulièrement efficace pour s'installer durablement et se propager sur le continent européen, devenant ainsi la principale responsable des épidémies saisonnières observées ces dernières années.
Une zoonose transmise par des moustiques
Les oiseaux sont le principal réservoir du virus West Nile.
La transmission à l’homme du virus West Nile s’effectue par la piqûre d'un moustique qui s'est contaminé en se nourrissant sur un oiseau infecté. Il s’agit principalement de moustiques du genre Culex, moustique commun, largement présent sur l'ensemble du territoire. Le moustique ainsi infecté pourra, à l’occasion d’une autre piqûre, transmettre le virus à un autre oiseau ou à un hôte accidentel comme l’homme ou le cheval.
L’homme et le cheval représentent des "culs-de-sac épidémiologiques" pour le Virus West Nile c'est-à-dire que la quantité de virus dans le sang (virémie) est insuffisante pour infecter un moustique.
Il n’y a pas de transmission interhumaine de l’infection (hormis une contamination possible par transfusion sanguine ou transplantation d’organes solides, de tissus ou de cellules). Des cas de transmission de la mère à l’enfant durant la grossesse, l’accouchement et l’allaitement ont également été décrits.
Dans les zones tempérées, la transmission du virus West Nile est saisonnière, lors de la période d’activité des moustiques (de mai à fin novembre pour la France hexagonale).
Une maladie le plus souvent asymptomatique mais potentiellement grave
Si 80 % des personnes infectées restent asymptomatiques ou peu symptomatiques, le virus West Nile peut être à l’origine d’atteintes neurologiques (méningites, encéphalites et méningo encéphalites) qui font sa gravité. Ces formes neuro-invasives, sont plus fréquentes chez les sujets âgés et peuvent entraîner des séquelles et même être mortelles chez l’homme.
- Chez 20% des personnes infectées se développe un syndrome pseudo-grippal (fièvre d’apparition brutale, maux de tête, douleurs articulaires et musculaires) qui peut être associée à une éruption cutanée.
- Les formes graves de la maladie, surviennent chez moins de 1 personne infectée sur 100, majoritairement des adultes et en particulier des personnes âgées. Il s’agit de formes neuro-invasives se manifestant par une méningite, une méningo-encéphalite, une paralysie flasque ou un syndrome de Guillain Barré.
- La période d’incubation dure classiquement de 2 à 6 jours mais peut-être de 2 à 14 jours.
Le diagnostic peut être confirmé par des analyses biologiques réalisées dans le sang, les urines et dans le liquide cérébro-spinal (LCS), obtenu par ponction lombaire :
- Sérologie (détection d’anticorps anti West Nile virus). Les IgM sont identifiées en moyenne à partir de 3 à 8 jours après l’apparition des signes cliniques et persistent généralement 1 à 3 mois. Les IgG apparaissent 2 à 3 semaines après le début de l’infection et persistent des années. Il est nécessaire de disposer de 2 prélèvements à 2 à 3 semaines d’intervalle qui, en montrant une augmentation significative du titre des anticorps, permettront de prouver que l’infection est récente.
- Des réactions sérologiques croisées sont observées avec d’autres flavivirus (par exemple les virus de dengue ou de Zika). Ces réactions croisées imposent de confirmer tout résultat positif par un test de neutralisation.
- Amplification génique par RT-PCR. Le génome viral est détectable dans le sérum 2 à 18 jours après l’infection soit jusqu’à 5 jours après les premiers symptômes et parfois plus longtemps dans les urines et le sang total. Le génome viral peut également être recherché dans le LCS en cas de manifestations neurologiques.
- Isolement viral par culture virale. Cette technique est lourde et nécessite un laboratoire de biosécurité de niveau 3. Il ne s’agit pas d’un examen de routine.
Un traitement symptomatique
Il n’existe pas de traitement antiviral spécifique contre le West Nile virus. La prise en charge est donc centrée sur le traitement des symptômes lorsqu’ils sont présents.
Les cas graves sont pris en charge en milieu hospitalier, en service de réanimation si besoin.
Lorsque des cas humains sont détectés, il est nécessaire de rappeler aux personnes vivant à proximité du ou des foyers de transmission les mesures de protection contre les moustiques.
Des mesures de prévention contre les moustiques
Il n’existe actuellement pas de vaccin commercialisé pour l’Homme, ni de traitement préventif contre l’infection du virus du West Nile. Pour le cheval, un vaccin équin est commercialisé.
La prévention de l’infection à virus West Nile repose sur les mesures de protection contre les piqûres de moustiques, en particulier les moustiques communs du genre Culex, dont l'activité est principalement nocturne :
- Porter des vêtements amples, couvrants et de couleur claire ;
- Utiliser uniquement des répulsifs cutanés disposant d’une autorisation de mise sur le marché (DEET, IR3535 ou icaridine), selon les recommandations d’usage (âge et terrains particuliers comme grossesse ou allergie) ;
- Installer des moustiquaires (portes, fenêtres, lits, berceaux) ;
- Création de courants d’air (ventilateurs, brasseurs d'air, éventuellement climatisation).
Notez que les diffuseurs électriques d’insecticide ne sont qu’un complément, les femmes enceintes, les enfants en bas âge (enfants de moins de 3 ans) ainsi que les personnes asthmatiques ne doivent pas y être exposés. Il est recommandé de ne pas utiliser les serpentins fumigènes.
Ces mesures de protection individuelle sont complétées par des mesures de prévention collective qui consistent à supprimer régulièrement les eaux stagnantes favorisant le développement des moustiques.
Plus d'informations sur les mesures de protection personnelle :
- Recommandations de Protection personnelle antivectorielle du Haut Conseil de la Santé Publique
Des mesures spécifiques sont mises en place pour la sécurisation de la transfusion et des dons d’organes et tissus. Elles sont basées sur le dépistage des donneurs ou l’exclusion des donneurs à risque. Ces mesures sont prises en application des recommandations émises par le Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP) et son groupe de travail permanent Sécurité des éléments et produits du corps humain (SECPROH).
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