Programme de surveillance des maladies à caractère professionnel en France - Résultats des Quinzaines MCP sur la période 2019 – 2023

Santé publique France, en collaboration avec l’Inspection médicale du travail et les observatoires régionaux de santé, est chargée de la surveillance des maladies à caractère professionnel (MCP) chez les salariés français. Les MCP sont définies comme les maladies ou symptômes susceptibles d’être d’origine professionnelle et n’ayant pas fait l’objet d’une reconnaissance par les régimes de Sécurité sociale. Cette notion est complémentaire de celle des maladies professionnelles (MP) reconnues. L’objectif du programme de surveillance des MCP est de fournir des indicateurs sur ces pathologies par population spécifique de salariés, définie notamment par profession ou par secteur d’activité. Dans les régions participantes, pendant deux semaines consécutives chaque semestre, chaque médecin du travail volontaire signale toutes les MCP constatées chez les salariés venus en consultation. Des données socioprofessionnelles des salariés vus sont également recueillies sur ces périodes afin de calculer les prévalences des MCP selon le sexe, l’âge, la catégorie socioprofessionnelle et le secteur d’activité. Sur la période 2019-2023, le programme couvrait six régions hexagonales et deux départements et régions d’outre-mer. Le taux de participation des équipes de santé au travail était en baisse passant de 13 % en 2018 à 9 % en 2020-2021 avant de remonter à 12 % en 2022-2023. Les prévalences de MCP les plus élevées sur la période 2019-2023 concernaient les troubles musculo-squelettiques (TMS) et la souffrance psychique. Quelle que soit l’année, la prévalence des TMS était plus élevée chez les femmes que chez les hommes. Quels que soient le sexe et l’année, un gradient social était observé pour les TMS, la prévalence étant maximale chez les ouvriers. En ajustant sur les caractéristiques socioprofessionnelles, le risque de TMS était le plus élevé dans les secteurs de l’information et la communication et du commerce pour les hommes, et dans le secteur de l’agriculture pour les femmes. Les TMS étaient le plus souvent associés à des facteurs biomécaniques tels que le travail avec force, les contraintes posturales, ou les mouvements répétitifs. Environ deux TMS sur trois signalés en MCP correspondaient à un tableau de MP. Plus des trois quarts de ces TMS n’avaient pas fait l’objet d’une déclaration en MP en raison principalement d’une méconnaissance du salarié ou d’un bilan diagnostique insuffisant. La souffrance psychique était deux à trois fois plus souvent signalée chez les femmes que chez les hommes. Contrairement aux TMS, un gradient social inversé était observé pour la souffrance psychique, sa prévalence étant maximale pour les cadres et professions intermédiaires. Après ajustement sur les caractéristiques socioprofessionnelles, le risque de souffrance psychique était le plus élevé dans le secteur de la construction pour les femmes, et dans le secteur des activités financières et d’assurance pour les hommes. La souffrance psychique était quasi systématiquement associée à des facteurs organisationnels, relationnels et éthiques, et plus précisément à l’organisation fonctionnelle de l’activité, aux relations au travail et aux exigences inhérentes à l’activité. Ce bilan réalisé sur la période 2019-2023 complète les précédents rapports et présente des résultats influencés par la crise sanitaire qui seront à mettre en perspective avec les résultats produits sur la période post-covid. Ce programme de surveillance épidémiologique unique en France est indispensable pour documenter la sous-déclaration des MP et contribuer à l’orientation des politiques de prévention en milieu professionnel.

Auteur(s) : Homère Julie, Delézire Pauline, Garras Loïc, Fouquet Aurélie, Fernet Florence

Année de publication : 2026

Pages : 89 p.

Collection : Données de surveillance

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