Investigation de cas groupés de pathologies thyroïdiennes dans un laboratoire de recherche de Seine-Saint-Denis (93), 2009-2019. Rapport d'investigation
Le 11 juin 2019, le médecin du travail d'une entreprise spécialisée dans la recherche et innovation en chimie signale à l'Agence régionale de santé d'Île-de-France la survenue d'un nombre anormalement élevé de pathologies thyroïdiennes parmi le personnel d'un laboratoire de recherche de l'entreprise situé sur un site du département de La Seine-Saint-Denis (93). En collaboration avec la Direccte d'Île-de-France, le Centre antipoison de Paris, l'unité des tumeurs thyroïdiennes et endocrines du CHU Pitié-Salpêtrière (Paris) et la Direction santé environnement travail de Santé publique France, la Cellule régionale de Santé publique France en Île-de-France a mené une investigation afin de recenser et documenter les cas, objectiver l'excès de cas et déterminer la présence ou non d'expositions susceptibles d'être reliées à cet excès, le cas échéant. La démarche d'investigation adoptée s'appuie sur les guides méthodologiques élaborés par Santé publique France pour l'évaluation et la prise en charge des agrégats spatio-temporels de maladies non infectieuses en entreprise. Cette démarche se déroule selon un arbre décisionnel en plusieurs étapes. Sur la base des données sanitaires et environnementales recueillies à chaque étape, il est alors décidé de la poursuite ou non de l'investigation. Au total, deux cas de cancers de la thyroïde diagnostiqués fortuitement et douze cas d'anomalies nodulaires thyroïdiennes diagnostiqués suite à un dépistage systématique ont été recensés parmi le personnel du laboratoire qui est spécialisé dans la formulation de polymères. Le calcul du ratio standardisé d'incidence a montré que le nombre de cas de cancers thyroïdiens était significativement supérieur à l'attendu d'après les données d'incidence nationales. Toutefois, le très faible effectif de la population d'étude rend le nombre de cas attendus difficilement interprétable et ne permet pas de conclure à la notion d'excès de risque. En outre, les investigations environnementales et les données scientifiques disponibles n'ont pas mis en évidence, dans l'environnement professionnel des salariés, des expositions susceptibles d'expliquer les cas de cancers thyroïdiens et d'anomalies nodulaires thyroïdiennes observés. Compte tenu des considérations méthodologiques et des résultats des investigations sanitaires et environnementales, il a été considéré utile de compléter ces travaux par une analyse de la faisabilité d'élargir le périmètre de l'investigation. Cette étude de faisabilité explorera différentes pistes et ses conclusions permettront d'établir s'il y a lieu de mettre en oeuvre l'investigation élargie. Par ailleurs, à l'issue de l'investigation menée, un certain nombre de recommandations sont formulées. Il s'agira notamment - pour la médecine du travail - de poursuivre la surveillance de tous les cas incidents de cancer en veillant à soigneusement colliger les données sociodémographiques et cliniques indispensables à la mise en place de toute étude épidémiologique ultérieure éventuelle. Il est également recommandé à l'entreprise de poursuivre la surveillance des expositions aux produits chimiques via un suivi individuel des salariés et de mettre en place un enregistrement rigoureux de données sociodémographiques et professionnelles des salariés afin de pouvoir disposer des éléments nécessaires et suffisants pour la mise en place, si besoin, d'une étude épidémiologique.
Auteur(s) : Duprat Pascal, Garnier Robert, Kermarec Florence, Leenhardt Laurence, Marchand Jean-Luc, Migault Lucile
Année de publication : 2022
Pages : 53 p.
Collection : Études et enquêtes
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