Infection par le virus de l’hépatite Delta en France : où en est-on en 2026 ?
Le virus de l’hépatite Delta (VHD) est un virus défectif, satellite du virus de l’hépatite B (VHB), dont il utilise l’enveloppe pour se propager. On le retrouve donc chez les patients infectés par le VHB (positifs à l’antigène de surface de l’hépatite B – AgHBs). On estime que 12 à 25 millions de personnes dans le monde sont infectées de façon chronique par le VHD, avec des hotspots localisés en Afrique subsaharienne, en Amazonie, en Europe de l’Est, au Moyen-Orient et en Asie. La transmission est principalement sexuelle et parentérale.Le diagnostic repose sur la recherche des anticorps (Ac) anti-VHD chez tous les porteurs de l’AgHBs, et la quantification de l’ARN VHD plasmatique chez les patients Ac anti-VHD positif (+). Un test réflexe des Ac anti-VHD sur tous. les premiers bilans AgHBs+ permet d’améliorer le taux de dépistage du VHD, qui est insuffisant en France (26%).L’infection VHB+VHD est responsable de la forme la plus sévère des hépatites virales chroniques. En France, plus de 80% des patients VHD+ sont nés à l’étranger. Près d’un tiers sont diagnostiqués au stade de cirrhose. Le VHD est un facteur indépendant associé au risque de carcinome hépatocellulaire (CHC) (trois fois plus de risque comparé aux patients mono-infectés par le VHB). Le suivi des patients avec un ARN VHD+ doit se faire en centre spécialisé. Le traitement actuel, malgré sa lourdeur, réduit le risque de complications cliniques graves. Il repose sur l’utilisation, en bithérapie ou en monothérapie, du bulévirtide (BLV, inhibiteur d’entrée, 2 mg/jour, voie sous-cutanée (SC)) et de l’interféron alpha pegylé (180 μg/semaine, voie SC). Il a pour objectif de négativer de façon durable l’ARN VHD. Un traitement prolongé (avec au moins 96 semaines de virosuppression – charge virale plasmatique indétectable) est nécessaire pour éviter les rechutes à l’arrêt du traitement. Tous les patients français peuvent être inclus dans la cohorte de vraie vie ANRS EP01 Hepdelta.Comme pour le VHB, plusieurs molécules sont en cours de développement, avec pour objectif d’augmenter le taux de réponse virologique et de permettre la guérison fonctionnelle de l’infection (c’est-à-dire la perte de l’AgHBs).
Auteur(s) : Brichler Ségolène
Année de publication : 2026
Pages : 436-443
Bulletin épidémiologique hebdomadaire, 2026, n° 19-20, p. 436-443
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