La maladie
Une maladie infectieuse
La dengue est une maladie infectieuse due à un arbovirus : le virus de la dengue. Ce virus est transmis par des moustiques du genre Aedes : Aedes aegypti et Aedes albopictus (ce dernier est aussi appelé moustique tigre).
Le virus de la dengue appartient à la famille des Flaviridae (genre flavivirus) et compte quatre sérotypes différents (DEN1 à DEN4).
L’infection par un sérotype induit une immunité contre ce sérotype mais pas contre les autres, on peut donc être infecté plusieurs fois par des sérotypes différents de la dengue. Si l’infection est souvent asymptomatique, la maladie, sous sa forme habituelle, se manifeste par une fièvre brutale associée à des douleurs musculaires et une éruption cutanée. Dans de rares cas, des complications graves et parfois mortelles peuvent survenir.
Plusieurs modes de transmission de la dengue
Transmission vectorielle
Le virus de la dengue est principalement transmis par des moustiques vecteurs. Les vecteurs de la dengue sont des moustiques du genre Aedes, essentiellement Aedes aegypti et Aedes albopictus (moustique tigre).
La dengue est une infection qui sévit majoritairement en zone inter tropicale où les vecteurs Aedes aegypti et Aedes albopictus sont présents. Sur le territoire français, Aedes aegypti est présent aux Antilles, en Guyane et à Mayotte et Aedes albopictus sur l’île de la Réunion. Aedes albopictus est aussi présent en zone tempérée, notamment en Europe. En France hexagonale, en 2026, il était implanté dans 83 départements et des épisodes de transmission locale de dengue sont régulièrement identifiés depuis 2010.
Ces moustiques Aedes se développent majoritairement en zone urbaine et se déplacent peu au cours de leur vie. Les femelles pondent leurs œufs dans des gîtes où la présence d’eau stagnante est nécessaire au développement larvaire : récupérateurs d'eau de pluie, vases, soucoupes, pneus usagés, gouttières mal entretenues, déchets divers susceptibles de former une rétention d'eau (bambous, broméliacées, etc.). Les gîtes de nature anthropique, c'est-à-dire créés par l’homme, sont les principaux lieux de ponte de ces moustiques.
Les piqûres d’Aedes interviennent essentiellement pendant la journée, avec un pic d’agressivité au début et en fin de journée. Lors d’une piqûre d’une personne infectée en phase virémique, le moustique prélève le virus dans le sang de cette personne. Le virus se multiplie ensuite dans le moustique pendant une durée de 7 à 10 jours environ, appelée phase d'incubation extrinsèque. A l’issue de cette phase extrinsèque, ce moustique peut, à l’occasion d’une autre piqûre, transmettre le virus et infecter une nouvelle personne.
Pour la dengue, la phase virémique commence 1 à 2 jours environ avant le début des signes cliniques et dure jusqu’à 7 jours après celle-ci.
Transmission par les produits d’origine humaine
Le virus peut, de manière plus rare, être transmis par la transfusion ou la greffe (d’organes ou de cellules).
Symptômes et complications
La dengue est asymptomatique dans 50 à 90 % des cas (pourcentage variable selon les épidémies).
Pour 10 à 50 % des personnes infectées par le virus, des symptômes se manifestent après une période d’incubation de 4 à 7 jours en moyenne (mais peut aller de 3 à 14 jours).
- La forme « classique » se manifeste par une forte fièvre d’apparition brutale. Elle est souvent accompagnée de frissons, de maux de tête, de douleur rétro-orbitaire, de nausées, de vomissements, de douleurs articulaires et musculaires. Parfois, une éruption cutanée peut apparaître autour du 5ème jour. L’évolution est le plus souvent favorable au bout de quelques jours.
- La forme sévère (ou dengue grave) peut survenir dans 1 à 5 % des cas symptomatiques (OMS 2009). Les personnes infectées pour la deuxième fois présentent un risque accru de dengue sévère. Elle se caractérise par une augmentation de la perméabilité vasculaire, pouvant entraîner un choc et des hémorragies, pouvant mettre en jeu le pronostic vital.
- Les signes d’alarme surviennent après 2 à 7 jours et le retour à la normale de la température (défervescence thermique),
- La vigilance clinique doit être maximale autour du 4e jour.
Dengue primaire et dengue secondaire
Il existe 4 sérotypes du virus de la dengue. Une infection par un sérotype confère une immunité contre ce sérotype mais pas contre les autres. On parle de :
- Dengue primaire lors d’une première infection par un virus de la dengue
- Dengue secondaire lorsqu'un individu est réinfecté par un autre sérotype
Le risque de développer une forme grave semble plus important lors d'une dengue secondaire que lors d'une dengue primaire.
Traitement et prise en charge
Il n’existe pas de traitement antiviral spécifique de la dengue. La prise en charge est donc avant tout symptomatique, visant à soulager les symptômes. La douleur et la fièvre sont traitées avec des antalgiques et des antipyrétiques. La prise d'aspirine ou d'anti-inflammatoire non stéroïdiens (AINS) sont à proscrire en raison du risque hémorragique.
Diagnostic
Le diagnostic de l’infection par le virus de la dengue est réalisé par des techniques qui permettent de :
- Détecter le génome viral, des antigènes viraux ou le virus : amplification génique (RTPCR), recherche de l'antigène NS1, culture virale.
- Détecter des anticorps (immunoglobulines, Ig) (sérologie)
- Les IgM apparaissent à partir du 5e jour après l’apparition des signes cliniques et persistent en moyenne 2 à 3 mois
- Les IgG apparaissent peu après les IgM (dengue primaire) ou en même temps (dengue secondaire) que les IgM et persistent toute la vie.
En présence d’IgG seules (sans IgM) le diagnostic de dengue ne peut être établi qu’en cas d’augmentation du titre d’anticorps (IgG) sur des prélèvements successifs à un intervalle minimum de 10 jours indiquant une infection récente. Les tests précoces (jusqu’à J7) par RT-PCR doivent être privilégiés du fait de leur spécificité bien supérieure à la sérologie.
Il est primordial d’identifier avec précision la date de début des signes (DDS) afin de guider les examens.
La démarche diagnostique recommandée dans le plan ministériel « anti-dissémination du chikungunya et de la dengue » est la suivante :
- Jusqu’à 5 jours après le début des signes (J5) : RT-PCR
- Entre J5 et J7 : RT-PCR et sérologie
- Après J7 : sérologie uniquement (IgG et IgM) avec un second prélèvement de confirmation au plus tôt 10 jours après le premier prélèvement
Les prélèvements sanguins peuvent être faits par tout laboratoire d’analyses et de biologie médicale. Chaque échantillon doit être accompagné d’une fiche de renseignements cliniques.
Prévenir la dengue
La prévention de la dengue repose sur des actions individuelles et collectives.
Prévention individuelle
La prévention individuelle repose sur :
- la prévention des piqûres de moustiques :
- Destruction des gîtes larvaires potentiels autour des habitations (eau stagnante, gouttières, vases, seaux, détritus...) ;
- Port de vêtements amples et couvrants (manches longues et pantalons) ;
- Utilisation de répulsifs cutanés en sprays ou crèmes sur les parties du corps non couvertes par les vêtements ;
- Installation de moustiquaires aux portes et fenêtres ;
- Utilisation d’une moustiquaire pour dormir, même en journée ;
- Création de courants d’air (ventilateurs, éventuellement climatisation).
Cette protection est particulièrement nécessaire pendant la journée. Les moustiques vecteurs Aedes piquent essentiellement en journée, avec une activité plus importante à l’aube et au crépuscule.
la vaccination : il existe un vaccin contre la dengue (Qdenga®), commercialisé par le laboratoire Takeda. La HAS a rendu un avis favorable sur l’utilisation du vaccin Qdenga® aux Antilles, en Guyane, ainsi qu’à Mayotte et à La Réunion en 2024. Depuis avril 2025, la vaccination contre la dengue est recommandée dans ces départements pour les enfants entre 6 et 16 ans ayant eu une infection antérieure de dengue ainsi que pour les adultes de 17 à 60 ans présentant des comorbidités, avec ou sans antécédent d’infection par la dengue. Le vaccin Qdenga® est un vaccin vivant atténué, il est ainsi contre-indiqué chez les personnes immunodéprimées ainsi que chez les femmes enceintes ou allaitantes.
Le schéma vaccinal comporte deux doses, nécessitant un espacement de trois mois.
A noter que dans le cas d’une infection récente par le virus de la dengue, il est recommandé d’attendre 6 mois avant de débuter la vaccination contre la dengue.
Concernant la vaccination pour les voyageurs, la vaccination contre la dengue est recommandée pour les voyageurs âgés de 6 ans et plus (quels que soient les antécédents personnels de dengue) en cas de séjour dans une zone où une épidémie est avérée ou en cas de séjour de plus d’un mois dans une zone où la dengue est considérée comme endémique (taux d’incidence supérieur à 100 pour 100 000 personnes).
En savoir plus :
- Informations sur le vaccin Qdenga®
- Vaccination contre la dengue | vaccination-info-service.fr
- Stratégie de vaccination contre la dengue | Recommandation de la Haute Autorité de Santé (HAS)
- Recommandations sanitaires pour les voyageurs (à l’attention des professionnels de santé) | Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP)
Prévention collective et lutte antivectorielle
La lutte antivectorielle désigne l’ensemble des mesures permettant de combattre et de se protéger face aux moustiques vecteurs de la dengue. Les stratégies dépendent des vecteurs ainsi que du contexte épidémiologique et socio-économique. Elles incluent la lutte chimique, la lutte biologique, la lutte génétique, l’action sur l’environnement, l’éducation sanitaire et la mobilisation sociale. Enfin, l’efficacité de ces méthodes fait l’objet d’une évaluation continue.
Des opérations de lutte antivectorielle peuvent être déclenchées par l’Agence Régionale de Santé (ARS) lorsqu’un risque sanitaire est identifié. Il s’agit d’interventions ciblées, strictement encadrées qui s’inscrivent dans une démarche de santé publique visant à réduire le risque de transmission locale de maladies comme la dengue. Elles visent à réduire au maximum le nombre de moustiques adultes, susceptibles d’avoir piqué le malade et donc de transmettre la maladie à d’autres personnes à proximité. Elles visent également, au côté d’autres actions de santé publique, à diminuer les risques d’endémisation (installation durable d’une maladie dans une région) ou de survenue d’épidémies, à diminuer la transmission d’agents pathogènes par des vecteurs, à gérer les épidémies de maladies à transmission vectorielle, le tout dans un cadre stratégique formalisé.
En fonction de l’échelle à laquelle cette lutte contre les moustiques est réalisée, on distingue la lutte réalisée à l’échelle de territoires (département, communes) de celle mise en œuvre à l’échelle individuelle, qui vise plus particulièrement les lieux de développement des moustiques (gîtes larvaires) qui se situent à proximité directe des habitations.
La lutte antivectorielle à l’échelle de territoires est réalisée par des opérateurs publics de démoustication. La lutte chimique a deux composantes :
- Larvicide, dont l’action est dirigée spécifiquement contre les larves de moustiques
- Adulticide, dont l’action est dirigée spécifiquement contre les moustiques adultes
Un moustique implanté en France hexagonale
Aedes albopictus (aussi appelé moustique tigre) est considéré comme l’espèce de moustique la plus invasive au monde. Il est originaire d’Asie du sud-est, d’où il a diffusé à la faveur du transport marchand. En Europe, il a d’abord été identifié en Albanie en 1979 puis en Italie depuis 1990. Il est implanté dans le sud de la France depuis 2004 et s’étend progressivement depuis en particulier en Europe du Sud et en Europe centrale.
Début 2026, 83 départements étaient colonisés par le moustique vecteur Aedes albopictus (sur les 96 départements métropolitains).