sommaire n° 382
 
rubrique "qualité de vie"

L'accueil au Planning familial de Paris :
" anonyme, gratuit et sans jugement "

 
  Le centre du Planning familial de Paris accueille, chaque année, plus de douze mille personnes. Plutôt des femmes, de plus en plus accompagnées, plutôt des jeunes… de 15 à 25 ans. Les conseillères qui y officient soulignent à quel point, en 2006, le déficit d'éducation à la sexualité reste criant et les idées fausses continuent à circuler.
     

Denis Dangaix
Journaliste.

 

La porte cochère se referme lourdement, laissant apparaître une cour intérieure comme le Paris intra-muros en connaît beaucoup. Pas de publicité, ici. Pas de signe extérieur indiquant le siège du Mouvement français du Planning familial, adresse recherchée. Il faut monter un escalier, sonner et entrer dans un appartement au parquet craquant pour enfin se repérer. Le lieu est surprenant. Dans la salle d'attente de ce grand appartement bourgeois, première pièce d'accès, des affiches couvrent le moindre mètre carré de mur. Contraception, sexualité, " allô-écoute ", vos droits, votre corps… les mots-clés éclatent en autant de slogans. Quatre jeunes, plutôt grands adolescents, filles et garçons, attendent de rencontrer Nathalie Marinier, laquelle, entre chaque rendez-vous, demande si possible à ne pas être dérangée. Nathalie Marinier est conseillère conjugale et familiale dans l'un des centres du Planning à Paris, où elle assure une fonction de coordination. Elle préfère le mot animatrice. Elle travaille également comme conseillère conjugale à l'hôpital Saint-Louis à Paris. Elle fait partie des douze professionnels qui travaillent dans ce centre : conseillères conjugales, assistantes sociales mais aussi médecins.


Accueillir la personne dans sa globalité

Souriante, Nathalie Marinier a le verbe militant : elle résume le combat mené depuis quarante ans, en France, pour faire accepter l'interruption volontaire de grossessse (IVG). De 1965, date de la création du Planning familial, à la loi Neuwirth du 28 décembre 1967 relative à la régulation des naissances. Puis évidemment la loi Veil qui, le 17 janvier 1975, légalise l'IVG. Et celle du 31 décembre 1982 qui instaure le remboursement de l'IVG par la Sécurité sociale. Le texte du 13 décembre 2000 permet la délivrance de la pilule du lendemain sans autorisation parentale. Jusqu'à la loi du 4 juillet 2001, qui a assoupli les conditions d'accès à l'IVG : le délai légal pour recourir à l'avortement est passé de dix à douze semaines et le consentement des titulaires de l'autorité parentale n'est plus requis pour la prescription, la délivrance ou l'administration de contraceptifs aux mineurs…

L'émotion passe dans sa voix au rappel des combats. " Et pourtant, en dépit de ce chemin considérable parcouru, insiste Nathalie Marinier, de nombreuses personnes, et particulièrement les femmes, doivent trouver les ressources en elles pour gérer leur sexualité ". Et d'égrener un quotidien du centre bien chargé : " Violence sexiste, mariage forcé, excision, etc. C'est difficile dans notre société de vivre sa sexualité sans répression et sans dépendance. " Notre travail, dit-elle, c'est d'accueillir au mieux toute personne dans sa globalité, au moment où elle vient nous voir et dans la situation dans laquelle elle se trouve ".


Des femmes… jeunes

Y a-t-il une méthode Planning ? Nathalie Marinier reste circonspecte. " Nous pratiquons l'écoute empathique et refusons le professionnalisme rigide, répond-elle. Nous essayons de nous mettre à la place de l'autre sans jugement, dans le dialogue et dans la concertation. Bien sûr, tout est anonyme et gratuit et, s'il y a besoin d'une consultation spécifique, nous l'organisons. " Les chiffres de 2004, consultations et accueils confondus, prouvent qu'on ne pousse pas la porte du Planning par hasard. Le centre aura reçu plus de 12 000 personnes dont 2 177 en consultations effectuées par l'équipe de spécialistes du centre et 10 086 entretiens pour des demandes d'informations. Le centre a également organisé des rencontres dans des établissements scolaires et centres de formation des apprentis (CFA) parisiens pour 1 926 adolescents. Qui vient dans ce lieu ? Plutôt des femmes, de plus en plus accompagnées par leur ami, plutôt des jeunes entre 15 et 25 ans.


Idées reçues qui circulent

D'une manière générale, les conseillères du Planning sont préoccupées par le niveau d'information et nombre d'idées fausses qui circulent chez ces jeunes adolescentes qu'elles reçoivent. Toutes confirment le besoin et d'informations fiables. " Alors que le bouche à oreille fonctionne très bien, c'est incroyable, insistent-elles, le nombre d'idées reçues qui ont la vie dure ". Et de citer, en vrac, ce qu'elles entendent de ces adolescentes. " Compter les jours, ça marche, le coït interrompu est un moyen de contraception, la première fois, on ne peut pas tomber enceinte, après les règles, non plus… les tabous religieux, le poids de la culture, les jugements moraux.. Le manque d'éducation à la sexualité des adolescents est criant ", répètent les conseillères.

Le centre de Paris reçoit son lot d'adolescents - filles mais aussi garçons - en quête de réponses aux questions nombreuses qui les taraudent. Souvent, l'information donnée suffit. Ils et elles vont s'approprier leur moyen de contraception et ainsi découvrir leur corps. Parfois, un suivi est nécessaire. Problème relationnel, non-communication avec les parents, blocages divers, etc. Les conseillères essayent de démêler les fils. Ainsi ce jour là, une jeune fille attend son tour dans la salle d'attente : en recherche d'information, elle affiche une attitude nonchalante mais est en fait totalement désorientée. C'est une habituée qui vient le plus souvent accompagnée d'un garçon mais qui cette fois est seule. Elle est enceinte et en demande d'une IVG. Pour les conseillères, deux mots clés : attention et discrétion. La conseillère va éventuellement jouer un rôle de médiation avec les parents et orienter la jeune fille, selon son choix, vers une clinique ou un hôpital. Une situation difficile à laquelle les conseillères sont régulièrement confrontées. " Notre société aurait beaucoup à gagner si l'éducation à la sexualité était largement développée, avertit Nathalie Marinier. Et puis, ajoute-t-elle, quand une femme prend de l'autonomie, c'est en général tout le monde qui y gagne. "

Trois questions à Maïté Albagly, secrétaire générale du Planning familial.
" Faire réfléchir les adolescents sur les stéréotypes du masculin/féminin "

La Santé de l'homme : En matière d'éducation à la sexualité, le Planning familial défend l'idée d'une démarche continue, " de la maternelle à la terminale ". Pouvez-vous définir cette approche de prévention ?

Maïté Albagly : L'enjeu de l'éducation à la sexualité ne se limite pas à la seule prévention des risques, tels que le sida ou les grossesses non désirées. L'objectif est aussi de faire réfléchir les enfants et les adolescents sur les stéréotypes relatifs au masculin et au féminin, aux rapports entre filles et garçons, en vue de construire une vraie égalité entre les sexes. Cela nécessite une action continue qui peut être engagée dès le plus jeune âge.

S. H. : Comment travailler pour prévenir la survenue de grossesses chez les adolescentes ?

Pour nous, il est clair qu'il ne peut y avoir de prévention efficace sans parler de sexualité. Ce qui implique une acceptation : les adolescents ont une sexualité. Il faut aussi que le type de contraception soit adapté à chaque jeune fille en fonction de sa vie sexuelle, de son mode de vie. Le " tout pilule " n'est pas la solution.

S. H. : Le 18 mars 2006, le Planning familial a eu 50 ans. Que retenez-vous du demi-siècle d'expérience de votre organisation ?

Notre pratique sur le terrain, tout comme nos actions au niveau politique, ont montré que le droit fondamental de décider réellement de tout ce qui touche à sa vie personnelle, sa vie intime, sa sexualité, n'est jamais une évidence, et que ce droit est toujours à reconquérir au niveau individuel et collectif. Non seulement les combats pour faire avancer ces droits ne sont pas terminés mais il faut aussi exercer une vigilance de tous les instants pour éviter toute régression de ces droits.

Propos recueillis par Denis Dangaix

Pour en savoir plus Mouvement français pour le Planning familial - 10, rue Vivienne, 75002 Paris.
Tél. : 01 42 60 93 20.
Des permanences sans rendez-vous se tiennent le lundi de 12 h à 16 h, le mardi de 17 h à 19 h 30 et le jeudi de 12 h à 15 h, ou Villa d'Este-Tour Mantoue, 75013 Paris.
Tél. : 01 45 84 28 25.
Site Internet : www.planning-familial.org

 
LA SANTÉ DE L'HOMME 382 | MARS/AVRIL 2006 | Pages 43-44
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