sommaire n° 393
 
dossier " la santé : un défi pour les étudiants "

Créer des centres de santé pour les étudiants

 
  Les services de médecine préventive et de promotion de la santé des universités ne disposent pas des moyens correspondant à leurs missions. La visite médicale obligatoire n'est qu'un souvenir et, dans le cadre de la réforme de l'université, la politique de santé va être revue et la création de véritables centres de santé est envisageable. Ces services continueront à s'occuper en priorité des étudiants qui en ont le plus besoin : étrangers, handicapés, sportifs pour ne citer qu'eux. L'heure est au développement de partenariats à vocation sanitaire étendus avec les mutuelles, les Crous, la Sécurité routière, etc.
     

Camille Galap
Président de la Commission de la viede l'étudiant et des questions sociales de la Conférence des présidents d'université,président de l'université du Havre.

 

La réussite académique des étudiants dépend non seulement des mesures d'accompagnement pédagogique mises en place par les universités mais aussi des conditions de vie dont bénéficient les étudiants. Cette considération, couplée à celle de la définition de l'étudiant comme " jeune travailleur intellectuel ", a conduit à la création, après la Seconde Guerre mondiale, d'un statut spécifique de Sécurité sociale, par le biais de caisses gérées par les étudiants eux-mêmes. Il est donc compréhensible que la santé des étudiants fasse partie intégrante des préoccupations des universités.

D'un point de vue juridique, l'article L. 831-1 du code de l'éducation stipule : " Des services de médecine préventive et de promotion de la santé sont mis à la disposition des usagers, selon des modalités fixées par décret. Ils concourent à la mise en œuvre des actions coordonnées de prévention et d'éducation à la santé que comporte le programme régional pour l'accès à la prévention et aux soins des personnes les plus démunies prévu à l'article L. 1411-11 du code de la santé publique. " Longtemps, à l'uni­versité, le principe a été celui de la " visite médicale obligatoire " que devaient impérativement passer l'ensemble des primo-entrants, sous la menace souvent de se voir refuser la délivrance de leur diplôme s'ils ne passaient pas entre les mains du service universitaire de médecine préventive et de promotion de la santé (SUMPPS).

L'explosion démographique continue qu'ont connue les universités au cours des années 1990 a contribué à modifier considérablement cette situation. Notre pays est ainsi passé, entre 1990-1991 et 2004-2005, de 1 700 000 étudiants à 2 275 000, dont 1 421 700 à l'université. La population étudiante n'a pas seulement augmenté, elle s'est aussi diversifiée. L'élargissement des types d'études s'est accompagné d'une diversification des bassins de recrutement, des sites d'étude et des origines sociales ; on a ainsi vu se créer des antennes universitaires délocalisées dans des sites de taille modeste, attirant un public qui se serait autrement autocensuré et n'aurait pas eu accès à l'enseignement supérieur.


Surveillance médicale insuffisante

Cette évolution a posé, en termes sanitaires, deux types de problèmes : d'une part, d'un point de vue financier, il devenait impossible pour les uni­versités de maintenir une surveillance médicale satisfaisante à moyens quasi constants : la participation des étudiants aux frais de médecine préventive, liée à un décret en Conseil d'État, n'a été révisée qu'en 2001, permettant de passer à 4,57 euros par étudiant, quand il n'était que de 2,29 euros depuis 1985 ; dans le même temps, l'augmentation de la dotation de fonctionnement allouée par l'État aux services universitaires de médecine préventive et de promotion de la santé n'augmentait pas en conséquence.

Le second défi auquel se sont trouvés confrontés les services universitaires de médecine préventive et de promotion de la santé a été celui de la diversification des origines des publics étudiants, entraînant des besoins et attentes nouveaux. Le décalage entre les missions des services universitaires de médecine préventive et de promotion de la santé, fixées dans le décret du 3 mai 1988, et les besoins nouveaux des étudiants a été signalé dès 1995, dans le rapport Gasol, de l'Inspection générale, et, depuis, repris régulièrement par la Conférence des présidents d'université : dans ses motions de 1996 et 2001, au cours des travaux du groupe de réflexion " Enseignement supérieur et Santé " mis en place en 2002, etc.

Supprimée par la loi du 9 août 2004, la visite médicale n'est plus obligatoire mais doit être simplement proposée. Lors du chantier sur les conditions de vie étudiante mis en place par la ministre avant l'été 2007, la question de la santé des étudiants a été abordée, et un consensus est apparu sur la nécessité de revoir la politique de santé à l'univer­sité, afin de permettre aux services de médecine de faire correspondre le cadre réglementaire à leurs missions effectives (en facilitant la trans­formation des services, là où cela est souhaitable, en centres de soin), de proposer à tous les étudiants une visite médicale au cours du cycle de licence, de cibler plus particulièrement les étudiants à besoins spécifiques ou à risque (étudiants étrangers, étudiants handicapés, étudiants en formation de santé, étudiants exposés à des risques spécifiques dans le cadre de leurs travaux à l'université, etc.).


Priorité aux partenariats opérationnels

Aujourd'hui, à l'heure d'un enseigne­ment supérieur de masse, une politique sanitaire de qualité passe nécessairement, pour les présidents d'uni­versité, par le développement de partenariats. Le service de médecine préventive joue un rôle de pilote des actions de prévention à l'université et doit impliquer un grand nombre d'acteurs : Crous (pour des actions de prévention de l'obésité et de promotion de la diététique par exemple) ; préfectures (sensi­bilisation à la sécurité routière, en partena­riat avec les pompiers, les asso­ciations étudiantes de covoiturage, qui promeuvent également les " capitaines de soirée ", etc.) ; Mission interminis­térielle de lutte contre les drogues et toxicomanies (Mildt) ; bureaux d'aide psy­chologique universitaires (Bapu) ; " étu­diants relais " chargés de missions d'éducation auprès de leurs pairs ; Agence nationale d'accueil des étrangers et des migrations - pour la visite médicale obligatoire des étudiants étrangers (Anaem) ; directions régionales des affaires sanitaires et sociales (Drass) en charge de mettre en place les plans régionaux de santé publique, Établissement français du sang, mutuelles d'étudiants, etc. Les partenariats établis doivent l'être en fonction des publics spécifiques de l'université : un lien étroit avec les services de vie étudiante des universités et les observatoires de la vie étudiante est nécessaire.


Refuser une vision catastrophiste

L'importance de ces partenariats infirme la vision catastrophiste qu'on a souvent - à tort - de l'état sanitaire des étudiants. Certes, les études menées par les mutuelles d'étudiants montrent une souffrance psychique chez un nombre non négligeable d'entre eux : un tiers des étudiants se sentiraient ainsi déprimés pendant plus de deux semaines au cours de l'année, quand un sur dix aurait eu des pensées suicidaires au cours des douze derniers mois. Ce mal-être a des causes multiples : gestion du stress, solitude, incertitudes face à une orientation académique, face aux possibilités d'insertion professionnelle, etc. Les solutions avancées par les universités sont extrêmement variées et vont de l'intervention croissante de psychologues au sein du service universitaire de médecine préventive et de promotion de la santé à des séances de sophrologie visant à mieux appréhender le stress.

Les derniers chiffres de l'enquête triennale de l'Observatoire de la vie étudiante (OVE) montrent néanmoins que les étudiants constituent un groupe social plutôt en meilleure santé que les jeunes du même groupe d'âge. Lors des six derniers mois, près des trois quarts des étudiants (72 %) ont consulté un médecin généraliste, 43 % un médecin spécialiste, un tiers (33 %) un dentiste et seulement 5 % un psychologue, psychiatre ou psychanalyste ; toutes ces consultations étant plus fréquentes chez les filles que chez les garçons.

Les études sur la santé de ces étudiants, aux besoins et attentes hétérogènes, se multiplient depuis quelques années, de même que les tables rondes ministérielles sur le sujet. Le rapport Wauquiez a dégagé des conclusions consensuelles, reprises depuis par le rapport parlementaire de Valérie Rosso-Debord. À l'heure où la loi sur les libertés et responsabilités entre en application, il est à espérer que son corollaire, l'amélioration des conditions de vie étudiante, trouvera une réalisation concrète pour la santé des étudiants, dans leur diversité.

 

 

 
LA SANTÉ DE L'HOMME 393 | JANVIER-FEVRIER 2008 | Pages 21-22
Libre de droits, sous réserve de mentionner la source