sommaire n° 387
 
dossier "la santé... par l'activité physique !

Comment le Québec " se bouge " pour endiguer la sédentarité

 
  Après presque trente ans d'existence, le programme Kino-Québec continue de favoriser la pratique d'activités physiques. Parcours pédestres sécurisés pour écoliers, quartiers aménagés afin d'augmenter le nombre d'utilisateurs des pistes cyclables, politiques de tarification avantageuse pour les familles… Plutôt que de renvoyer à la responsabilité individuelle de chacun dans la lutte à la sédentarité, le programme Kino-Québec mise de plus en plus sur le développement d'un environnement favorable pour " se bouger " en collaboration avec les milieux scolaire, municipal et associatif.
     

Véronique Martin
Conseillère en activité physique,
Équipe de coordination nationale Kino-Québec, ministère de l'Éducation,
du Loisir et du Sport, Québec, Canada.

 

Les jeunes Québécois passent en moyenne quinze heures par semaine à regarder la télévision, soit à peu près le même taux d'écoute qu'en France : ce chiffre situe la concurrence que représentent les loisirs dits passifs par rapport à la pratique d'activités physiques. S'ajoute à cela un étalement urbain et donc des distances très longues à parcourir et des temps importants consacrés aux transports. Au Québec, le nombre d'automobiles a augmenté de 68 % entre 1985 et 2000 (ministère du Transport du Québec, 2005). Autre élément à mentionner dans ce contexte : un jeune sur cinq présente un excès de poids. En terme de pratique d'activités physiques, moins de la moitié (44 %) des 12-17 ans sont actifs pendant leurs loisirs.

C'est dans ce cadre que le programme Kino-Québec continue de promouvoir un mode de vie physique actif, où les activités physiques et sportives sont intégrées dans le quotidien, que ce soit pour les loisirs ou les déplacements. Il est géré par trois entités : deux ministères (le ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport qui est chef de file et le ministère de la Santé et des Services sociaux) et les directions de santé publique des dix-huit agences régionales de santé et de services sociaux. Le programme est coordonné au niveau national par quatre professionnels qui veillent à planifier, influencer et " réseauter1 " - il est relayé par un réseau de trente-cinq conseillers régionaux qui interviennent comme experts-conseil et agents d'influence et de mobilisation. Parmi les acteurs partenaires, notons la présence grandissante d'agents de promotion des saines habitudes de vie dans les centres locaux de santé et de services sociaux (CSSS).

En 2005, Kino-Québec a adopté un cadre conceptuel (voir Figure) qui tient compte autant des facteurs personnels que ceux associés à l'environnement. Ce cadre souligne combien il faut agir sur les facteurs environnementaux, organisationnels et sociaux, car ils jouent un rôle déterminant dans l'adoption ou le maintien d'un mode de vie physiquement actif. Par ailleurs, le plaisir étant un facteur individuel important dans l'adoption et le maintien d'un comportement actif, Kino-Québec a privilégié ce facteur comme axe de communication (notamment la campagne " Plaisirs d'hiver " ou encore le message générique le " plaisir selon Kino-Québec… ").

Comme une intervention doit, pour être efficace, être suffisamment intense et durable et avoir des ressources suffisantes, le programme Kino-Québec concentre, depuis 2005, ses actions dans deux milieux de vie : le milieu scolaire et le milieu municipal (la famille, le quartier, la communauté). Leurs représentants sont invités à concevoir et promouvoir des environnements favorisant les modes de déplacement actifs et la participation aux activités physiques et sportives. Pour épauler ces acteurs, nous mettons à leur disposition des résultats d'études, de recherches et, plus particulièrement, d'avis du Comité scientifique Kino-Québec.

Ainsi, en 1998, Kino-Québec a produit un document qui s'intitulait " Les filles, c'est pas pareil ", pour documenter la problématique de la moins grande participation des adolescentes en matière d'activités physiques. Les goûts et les intérêts des filles diffèrent de ceux des garçons ; les filles bougent pour la forme et le plaisir, elles préfèrent la marche, la danse, la natation, la randonnée en vélo et le patinage libre. Des aspects moins connus ont été soulevés : les filles se perçoivent moins bonnes que les garçons et ce phénomène fait son apparition dès l'âge de six ans. De plus, les programmes offerts aux jeunes par les milieux scolaire, municipal ou communautaire rejoignent davantage les garçons que les filles et peu de cours destinés aux adolescentes offrent des activités sportives non compétitives. Ce constat - et d'autres - ont permis d'émettre des recommandations et des pistes d'action afin que les milieux scolaire et municipal revoient leur offre de services aux jeunes filles.


L'école, un milieu stimulant

Pour rendre l'environnement le plus favorable à la pratique d'activités physiques, il faut améliorer la disponibilité des produits et des services, augmenter la présence d'infrastructures de loisir et animer les lieux de pratique. Kino-Québec a produit, il y a quelques années, le document " Mieux vivre ensemble dans la cour d'école " à l'intention des écoles primaires. Ce document fait notamment état d'exemples d'écoles ayant posé des actions concrètes dans le but d'aménager et d'animer leur cour d'école. Ainsi, si certaines écoles ont instauré un programme de leadership étudiant (un tel programme permet aux élèves des classes de 5e et 6e années de participer à l'organisation d'activités sportives structurées durant les récréations. Ces jeunes deviennent capitaines, arbitres ou marqueurs), d'autres ont attribué des espaces de jeu lors des récréations afin de favoriser la participation active de tous les jeunes. Ces derniers choisissent, chaque semaine, l'activité à laquelle ils désirent participer. Plusieurs choix d'activités sont possibles et l'inscription des jeunes est obligatoire.

Des écoles secondaires mettent aussi à la disposition des jeunes leur gymnase après les heures de cours ou encore privilégient la mise en place d'une programmation variée d'activités physiques et sportives sur l'heure du déjeuner pour répondre aux goûts et intérêts des adolescents. Pour les jeunes filles, la danse aérobic et les cours de " streetdance " ont beaucoup de succès. D'autres écoles ont choisi d'améliorer leurs infrastructures selon les nouvelles tendances qui rejoignent les goûts des adolescents : réserver une partie de la cour à l'aménagement de structures pour la planche à roulettes, aménager une salle d'entraînement dans l'école ou acheter du matériel destiné à l'apprentissage des arts du cirque.

Toujours dans le cadre scolaire, Kino-Québec réalise, depuis 2000, le concours " École active ". De manière à encourager la mise en place d'environnements sains et sécuritaires, le concours " École active " offre un soutien financier aux écoles (entre 500 $ et 1000 $) qui, parce qu'elles souhaitent faire de leur école un milieu en santé, proposeront un projet d'achat de matériel ou d'aménagement, par exemple :

  • élargir la gamme d'activités offertes pendant les cours d'éducation physique, sur l'heure du midi ou après les heures de classe (sport étudiant, plein air, etc.) ;
  • organiser les récréations de façon à ce que les jeunes mettent en pratique les habiletés et les attitudes essentielles à l'acquisition d'un mode de vie physiquement actif ;
  • favoriser des modes de transport actifs et sécuritaires vers l'école (marche, vélo).

Somme toute, la qualité de l'environnement offert à l'école est déterminante, car c'est souvent en milieu scolaire que les jeunes ont la possibilité de vivre des expériences positives en ce qui concerne la pratique d'activités physiques et sportives.


Un quartier qui donne le goût de bouger

Le milieu municipal occupe aussi une place de premier plan afin de rendre la population plus active physiquement. Outre le fait que la municipalité peut elle aussi intervenir sur l'environnement physique - améliorer et promouvoir l'accessibilité (proximité, disponibilité, gratuité, etc.) des infrastructures de loisir, des installations sportives, des voies cyclables et des endroits pour la marche -, elle peut aussi offrir une variété d'activités qui répondent aux goûts et aux besoins des citoyens de tous âges et mettre en place une structure de soutien à l'activité physique (par exemple un club de marche) ou encore des politiques, des normes et des règlements qui favorisent la pratique d'activités physiques. Kino-Québec a récemment publié un document intitulé " Aménageons nos milieux de vie pour nous donner les goût de bouger ". Ce document a pour but de renseigner les municipalités sur la notion d'environnements physiques favorables à la pratique d'activités physiques et de les inviter à considérer certains éléments qui leur permettent d'offrir des environnements propices à la pratique d'activités physiques lorsqu'ils adoptent des politiques, des règlements, des plans d'urbanisme et des schémas d'aménagement du territoire.

Plusieurs municipalités ont déjà emboîté le pas et ont réalisé des actions concrètes en ce sens (encadré).


Les activités de communication pour une pratique régulière

Un dernier facteur important afin de promouvoir l'activité physique est de mener des activités de communication. Réaliser des campagnes promotionnelles comporte de nombreux avantages : elles permettent d'informer la population sur les activités offertes, de l'inciter à adopter une attitude positive et de renforcer son intention d'être plus actif physiquement. Les campagnes promotionnelles permettent aussi à Kino-Québec de travailler étroitement avec les municipalités et les écoles afin qu'elles organisent de nouvelles activités ou mettent en valeur les activités déjà existantes.

Une campagne promotionnelle remporte un franc succès, depuis plusieurs années, c'est la campagne " Plaisirs d'hiver ". À partir de janvier, Kino-Québec invite les municipalités et les écoles à utiliser ses outils promotionnels (affiches, banderoles, objets divers, etc.) afin d'organiser, de promouvoir et de mettre en valeur des activités hivernales simples et peu coûteuses. Les objectifs de Plaisirs d'hiver sont les suivants :

  • augmenter les occasions de pratiquer des activités accessibles (patinage, glissade, raquette, ski de fond, marche, hockey-bottines, etc.) ;
  • faire découvrir ou redécouvrir le plaisir de pratiquer des activités que l'on peut facilement intégrer à son mode de vie ;
  • réduire les obstacles à la participation aux activités hivernales en facilitant leur accessibilité dans un environnement sécuritaire (présence d'installations, proximité des lieux d'activités, atelier d'initiation, location, prêt ou échange d'équipement, etc.).


Des approches de plus en plus concertées et intégrées

Les approches intégrant la promotion de plusieurs habitudes de vie, notamment l'alimentation et l'activité physique, se font de plus en plus nombreuses. Par exemple, le programme " 0-5-30 combinaison prévention " est implanté dans plusieurs régions du Québec ; il propose des interventions axées sur la promotion des habitudes de vie saines (0 tabagisme, 5 portions de fruits/légumes par jour et 30 minutes d'activités physiques quotidiennes) dans le but de réduire le développement des maladies chroniques. Ce programme s'articule autour de deux stratégies : les actions éducatives et les actions environnementales. Les actions éducatives ciblent l'individu, notamment par les pratiques cliniques préventives des professionnels de la santé. Elles visent à habiliter les médecins en cabinet privé à introduire un counselling bref de promotion d'habitudes de vie saines, par la visite du délégué médical de prévention dans les écoles, des activités de formation et par la création d'outils d'aide à l'intervention. Les actions environnementales touchent autant les jeunes, les familles et les communautés, particulièrement les personnes vivant en contexte de vulnérabilité. Elles s'adressent aux décideurs, dirigeants, élus et organisateurs afin de promouvoir la création d'environnements favorables aux habitudes de vie. Bien que cette approche ne soit pas sous la responsabilité du programme Kino-Québec, les conseillers régionaux sont appelés de plus en plus à travailler au sein d'équipes multidisciplinaires en tant qu'experts en activité physique.


Un vaste éventail d'interventions

Si l'on veut accroître le volume d'activité physique et freiner l'augmentation préoccupante de l'obésité, il faut mettre en place un vaste éventail d'interventions. Des interventions qui agissent autant sur la personne que sur son environnement, qui sont réalisées sur les scènes locale, régionale et nationale et, enfin, qui nécessitent un partenariat fructueux et une concertation intersectorielle. Le programme Kino-Québec continue d'agir en ce sens afin que la population québécoise soit plus active physiquement.

Pour plus d'information sur le programme :
www.kino-quebec.qc.ca


Des pistes cyclables aux parcours sécurisés

Voici quelques exemples d'adaptation de l'environnement à la pratique de l'activité physique :
la ville de Saint-Constant a construit, à côté de la gare, un quartier résidentiel mixte (destiné à tous types de familles) : tout y est conçu pour favoriser la marche à pied et le recours aux transports en commun ; les déplacements à pied et à bicyclette sont favorisés par l'aménagement de sentiers qui convergent vers la gare. La proximité d'une garderie et celle de deux écoles incitent aussi à effectuer les trajets à pied. Un parc sportif municipal est prévu à l'est du terrain et l'on y installera plusieurs équipements, tels des terrains de tennis, de soccer, de balle, etc. L'objectif : une meilleure accessibilité pour tous sans nécessiter de déplacement en voiture ;
la ville de Sherbrooke. L'objectif privilégié est de permettre aux familles de circuler en toute sécurité, peu importe le mode de déplacement choisi ; ainsi des " corridors scolaires " ont été implantés aux abords des écoles primaires pour favoriser une circulation piétonnière sécuritaire des élèves. Un diagnostic de la situation dans un périmètre de un kilomètre autour de chaque école a été effectué. Cette analyse a permis de déterminer les actions à entreprendre pour créer des parcours sécuritaires. Les pistes d'action retenues variaient d'une école à l'autre : avancées de trottoir, aménagement de passages pour les écoliers, panneaux de signalisation, etc. Divers services municipaux ont été mis à contribution avec la collaboration des directions d'école et des conseils d'établissement pour mettre en œuvre ces parcours sécuritaires. Jusqu'à maintenant des parcours ont pu être établis autour de vingt-trois écoles.
• la piste du Parcours-des-Anses, située dans la ville de Lévis en bordure du fleuve Saint-Laurent, d'une longueur de 13,5 kilomètres, est accessible pendant la belle saison aux adeptes de la marche, du vélo et du patin à roues alignées (NDLR : roller) de même qu'aux personnes à mobilité réduite. Des aires de repos dans plusieurs parcs ainsi que des points de services sont présents sur le parcours. Depuis début 2005, une section de six kilomètres est ouverte pour la marche pendant la saison hivernale. De plus, de nombreux Lévisiens l'empruntent quotidiennement pour se rendre au traversier (qui permet de se rendre à Québec par voie maritime).
à Ville-Marie, la nécessité d'une piste cyclable dans la ville afin de rendre la pratique du vélo plus sécuritaire - particulièrement pour les enfants - était criante. Un groupe de travail a proposé un tracé pour une boucle d'environ quatre kilomètres et a consulté la population. À la suite de ces démarches, la ville a investi les fonds nécessaires à la réalisation de la voie cyclable. La popularité immédiate de cette nouvelle voie cyclable a confirmé le besoin manifesté.

Note

1. Action de mettre en relation différentes personnes ou organismes qui peuvent, dans ce cas-ci, devenir des agents de promotion de l'activité physique.

 
LA SANTÉ DE L'HOMME 387 | JANVIER-FEVRIER 2007 | Pages 42 à 44
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