sommaire n° 385
 
dossier "Ruralité et santé"

Personnes âgées : partager des repas pour rompre l'isolement

 
  Deux fois par mois, des personnes âgées de plusieurs communes du département de la Meuse se retrouvent pour partager un repas de manière conviviale, en compagnie de bénévoles et d'aides à domicile. Des ateliers d'échanges avec des professionnels sont organisés dans la foulée. D'autres communes devraient rejoindre ce dispositif.
     

Sabrina Ragnatela
Responsable de l'activité promotion de la santé,
Mutualité française Meuse, Bar-le-Duc.

 

Le dispositif " Partage des repas " a été mis en place à partir de 2003 dans le département de la Meuse par la Mutualité française Lorraine, Meuse et le pôle gérontologique - centre local d'information et de coordination gérontologique (Clic) de Bar-le-Duc. Objectif : lutter contre l'isolement et la solitude des personnes âgées. Ce dispositif a été financé par la caisse primaire d'Assurance Maladie et le conseil général de la Meuse ainsi que le Contrat de ville du pays Barrois. Deux fois par mois, des personnes âgées, identifiées par les partenaires relais du projet (centres communaux d'action sociale, pharmacies, associations locales de personnes âgées, médecins, services de soins infirmiers à domicile, etc.) comme étant isolées, sont invitées à venir partager un repas dans une ambiance conviviale.

Dans ce département, l'isolement s'explique notamment par la spécificité du territoire rural : habitat clairsemé, éloignement par rapport aux lieux de vie, etc. Ce qui limite le réseau relationnel des personnes âgées et permet difficilement de créer et d'entretenir des liens sociaux.

En septembre 2003, le pôle gérontologique - Clic de Bar-le-Duc, a créé un groupe de travail intitulé " Rompre la solitude ", composé de maires et de conseillers municipaux, de médecins, d'aides à domicile, d'infirmières de services de soins infirmiers à domicile et de bénévoles d'association d'ergothérapeutes ; c'est ce groupe qui a décidé de créer un dispositif de partage de repas. La Mutualité française Lorraine-Meuse est promoteur du projet, mené dans un premier temps à titre expérimental sur la commune de Velaines, de septembre 2004 à septembre 2005.

Pour rompre l'isolement géographique, le dispositif organise et prend en charge le mode de transport le plus adapté à l'état de santé de chacun, taxi, bus et covoiturage.

Les participants sont accueillis par des bénévoles et des aides à domicile. En complément, et pour renforcer le lien social, des ateliers d'échanges ont été créés, animés par un intervenant spécialiste du thème abordé et se déroulant sur place après le repas. Les personnes âgées ont choisi, elles-mêmes, les sujets de deux ateliers nutrition : le premier, animé par une diététicienne, portait sur l'équilibre alimentaire et les besoins nutritionnels spécifiques des personnes âgées. Le second concernait le plaisir et la convivialité des repas et était animé par une conseillère en économie sociale et familiale. Deux autres ateliers portaient sur les dispositifs existant pour les personnes âgées : aides sociales, allocation perte d'autonomie (APA), rôle des instances locales de coordination gérontologique, maisons de retraite et familles d'accueil ; ils étaient animés par le conseil général de la Meuse.

Les personnes âgées ont également été associées au choix des menus : lors d'un atelier d'échange, un groupe de participants volontaires a ainsi établi les menus des six repas suivants. Vingt-cinq partages de repas ont été organisés de septembre 2004 à octobre 2005, avec, en moyenne par repas, trente-trois personnes accueillies. Deux tiers des participants avaient plus de 75 ans et près de la moitié (48 %) ont utilisé un des modes de transport proposés, avec une préférence pour le bus et le taxi, ce qui laisse penser que cela a favorisé une participation régulière. Au total, soixante-deux personnes ont participé au partage de repas ; vingt d'entre elles étaient très assidues et l'arrivée régulière de nouveaux participants a permis d'entretenir une dynamique.

Le partage de repas constitue une véritable sortie pour les personnes âgées concernées, qui se préparent, portent leurs bijoux et se maquillent. Cela contribue à améliorer l'image de soi, une image souvent fragilisée. Au cours d'entretiens menés auprès des participants par la responsable de l'activité promotion de la santé de la Mutualité française Lorraine-Meuse lors de l'évaluation de l'action, la question du manque d'autonomie a très souvent été évoquée : les personnes âgées ne semblent pas toujours se satisfaire du soutien procuré par leur famille ; le dispositif permet d'alléger leur dépendance vis-à-vis de leur entourage, elles apprécient particulièrement de pouvoir sortir sans être dépendantes de leurs enfants, à qui elles n'osent pas demander un accompagnement pour ces sorties qui leur paraissent " superflues ". De leur côté, les bénévoles et les aides à domicile soulignent que le projet est une véritable " aventure humaine, créatrice de liens sociaux ".

Depuis octobre 2005, le dispositif a été pérennisé dans la commune de Velaines, qui l'a intégré aux actions municipales. Parallèlement, les trois structures initiatrices du projet ont été sollicitées pour un soutien méthodologique par d'autres communes intéressées. En 2005, deux communes - Robert-Espagne et Trémont-sur-Saulx - et, en 2006, l'instance locale de coordination gérontologique du canton de Revigny-sur-Ornain ont ainsi mis en place un dispositif similaire. Les structures ont également élaboré un guide méthodologique qui va permettre aux autres collectivités ou associations intéressées de disposer d'une base de travail. Ce document doit être présenté fin 2006 aux acteurs du département, professionnels ou non, placés en lien direct avec des personnes âgées.

 

 

 
LA SANTÉ DE L'HOMME 385 | SEPTEMBRE/OCTOBRE 2006 | Pages 40 à 41
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