sommaire n° 373
 
dossier "la santé au bout du fil"
L'éducation pour la santé peut aussi passer par le téléphone
 
  Chapeau ou rien
     
Brigitte Cadéac,
École des parents et des éducateurs (EPE), responsable du Fil Santé Jeunes,
Yves Ferrarini,
Directeur de Sida Info Service Karina Oddoux,
chargée de mission à l’INPES
 
La téléphonie sociale est née du monde de la solidarité, dans les années soixante. Elle s'est développée à l'initiative d'associations militantes puis des services de l'État, pour qui le téléphone est un excellent moyen d'établir des relations avec les citoyens dans le domaine de la santé publique. Avec le temps, la relation d'aide par téléphone s'est affirmée comme complémentaire des interventions traditionnelles du social, du psychologique et du médical. La téléphonie sociale est aujourd'hui intégrée aux dispositifs de prévention et de soins. Le téléphone constitue ainsi un outil d'accompagnement des politiques de santé publique, accessible au plus grand nombre et au plus près de chacun : on décroche son combiné et on accède immédiatement à un soutien, une orientation, des réponses aux questions que l'on se pose. Si certains services constituent des pôles thématiques (sida, suicide, tabac, cancer, drogues, hépatites, soins palliatifs, etc.) et populationnels (jeunes, personnes âgées, etc.), tous ont développé une forme d'expertise en matière d'écoute et de councelling. L'objectif ? Aider l'appelant à faire face, à développer et/ou restaurer son autonomie, éclairer ses choix, favoriser sa réflexion, l'accompagner vers un mieux-être.

Les services téléphoniques sont souvent identifiés par le grand public comme des lignes " SOS " mais, dans la pratique, les appels d'urgence représentent une minorité des sollicitations. Il n'en reste pas moins que l'appelant cherche une aide immédiate, économique en matière d'argent, de déplacement et de temps. Inutile de se préparer, on peut se présenter sans atours. L'émotion n'a pas à être retenue. Déprime, chagrin, violence subie, sexualité, les sujets qui semblaient tabous sont évoqués, détaillés. Tout ou presque peut se raconter, se dévoiler au téléphone. L'écoutant écoute, incite à la parole, évalue. Il est là sans être là. L'écoute n'est pas " béante ". Elle soutient, elle canalise. L'appelant dévide son histoire, sans regard, à distance mais si proche de celui qui l'écoute, proche à lui parler dans l'oreille. L'intérêt de ce type d'échange est essentiellement constitué par le jeu entre distance et proximité, qui permet de dévoiler sans être identifié tout en vivant un entretien personnalisé.

Le recours au téléphone est particulièrement adapté à notre époque même s'il ne résout pas tout : pas de prise en charge, pas de diagnostic, pas de prescription médicale évidemment. Mais les professionnels de la santé et de l'éducation peuvent s'appuyer sur ces services dans leur pratique quotidienne. Donner un numéro de téléphone, c'est souvent permettre à la personne de commencer une démarche, faire un premier pas, plus tard, un jour, juste pour voir. Et aller plus loin peut-être. L'entretien téléphonique sert alors souvent de passerelle vers des lieux de prise en charge.

Ces dispositifs téléphoniques sont nombreux et il n'est pas toujours facile de s'y retrouver entre les numéros nationaux, régionaux, les dénominations qui se recoupent, les financements privés et publics, etc. L'objectif de ce dossier est de les présenter dans leur diversité, leurs valeurs fondatrices, les missions qu'ils remplissent et ainsi tenter de donner un éclairage sur ce qu'ils peuvent offrir au public en matière de prévention et d'éducation à la santé.

 
LA SANTÉ DE L'HOMME 373 | SEPTEMBRE/OCTOBRE 2004 | Page 7
Libre de droits, sous réserve de mentionner la source